Dans la nuit du 1er au 2 janvier 2026, le quartier Oyom-Abang Rivière, à Yaoundé, a été le théâtre d’un féminicide d’une rare violence.
La victime, Ekanga Marie Michelle, jeune femme âgée de 26 ans, a été mortellement poignardée devant la porte de la chambre qu’elle louait avec son petit ami. Elle rentrait de son lieu de travail aux environs de 3 heures du matin lorsqu’elle a été attaquée. Selon des voisins, la victime travaillait comme serveuse dans un snack-bar du quartier et avait l’habitude de rentrer à des heures plutôt raisonnables. Toutefois, la célébration du Nouvel An l’aurait contrainte à effectuer des heures supplémentaires.
« Il se faisait vraiment très tard quand je l’ai entendue crier dehors. Elle a d’abord frappé à sa porte, mais son compagnon était rentré ivre ce soir-là et n’a pas pu lui ouvrir à temps», raconte Rosine, une voisine.
Face au silence de son conjoint, la jeune femme, grièvement blessée à l’épaule, rassemble ses dernières forces et fait le tour de la concession en appelant à l’aide, tandis que son agresseur disparaît dans la pénombre, aggravée par une coupure générale d’électricité. Alertés par ses cris, quelques riverains, munis de torches et de lampes-tempête, accourent. Ils la découvrent épuisée, grièvement blessée, répétant sans cesse : « Sauvez-moi».
«Elle avait déjà perdu beaucoup de sang quand nous sommes sortis. Je n’avais jamais vu une telle scène», confie une quinquagénaire, encore sous le choc. «Tout le monde était désorienté dans le noir. Trouver un véhicule à cette heure-là était très compliqué », ajoute Éric, un autre voisin, visiblement marqué par les événements tragiques. Finalement, grâce aux moyens de fortune réunis, la victime est conduite en urgence à l’Hôpital central de Yaoundé, après qu’un premier centre de santé se soit déclaré incompétent pour sa prise en charge. Elle succombera à ses blessures quelques heures plus tard.
Pendant ce temps, les habitants du quartier organisent une battue pour retrouver le présumé meurtrier. « Nous avons suivi des traces de sang qui nous ont conduits devant la porte d’un voisin nommé Animo Gabriel Le Roi », explique Christian, membre du comité de vigilance du quartier.

Le profil du présumé assassin
Animo Gabriel Le Roi, selon les premières informations, est membre des forces de défense. Il est présenté comme sergent-chef à la Garde présidentielle, marié et père de trois enfants. D’après plusieurs témoignages, son épouse aurait quitté le domicile conjugal en décembre dernier, invoquant des faits de violences conjugales et d’infidélité.
Les riverains le décrivent pourtant comme un homme discret. « On ne le voyait presque jamais dans le quartier et il n’avait jamais été mêlé à des histoires ici, en dehors de ses problèmes conjugaux », témoigne un voisin.
Le matin du 2 janvier 2026, les éléments de la gendarmerie découvrent une chaussure tâchée de sang devant son domicile, ainsi que des empreintes de mains ensanglantées sur le mur de l’appartement qu’il louait, en face de la concession de la victime. Il est interpellé et placé en garde à vue.
Malgré cette arrestation, de nombreuses zones d’ombre demeurent quant au mobile et aux circonstances exactes de ce crime d’une extrême brutalité, qui relance le débat sur la sécurité des femmes et la prise en charge des violences faites aux femmes au Cameroun.
John Matou
