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LES DROITS DES FEMMES ET LEUR ÉVOLUTION EN AFRIQUE: L’EDITION 1 DE FEMIN’ART EXPLIQUE

La question des droits des femmes et leur évolution en Afrique était au menu des activités de la première édition de Fémin’art, organisée à Douala, capitale économique du Cameroun. 

La popularité de l’expression «droits des femmes» est le résultat des traits de marginalisation observés sur la gent féminine dans la société contemporaine. Mais cette marginalisation n’a pas toujours existé en Afrique, depuis l’antiquité, l’histoire révèle la place à part entière que les femmes avaient dans les sociétés anciennes bien avant l’émergence des thèses de l’infériorisation du genre féminin, selon un rendu de la Professeure Yvette Balana, littéraire spécialisée dans les civilisations africaines, enseignante à l’Université de Douala et écrivaine.

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Cinq droits des femmes piétinés dans leur quotidien

La professeure Yvette Balana a expliqué cinq droits des femmes qui font couramment l’objet d’une violation. Le tout premier évoqué est le droit à la non-discrimination, la discrimination étant l’acte par lequel on refuse à la femme certains privilèges en raison de son sexe. « Il y a le droit à la non-discrimination. Je suis à l’université, on ne peut pas me refuser de me nommer à un poste parce que je suis une femme. C’est déjà discriminatoire et on est déjà en train d’empiéter sur mes droits », explique l’universitaire, qui précise que la violation de ce droit commence dans les familles. «C’est très important de commencer par le droit à la non-discrimination parce que ça commence dans les familles. On dit non, il y a de l’argent seulement pour deux livres. On va privilégier le garçon et laisser la fille », illustre la professeure.  Le droit à la vie est un autre droit fondamental de la femme qui est bafoué parce qu’elles sont victimes de féminicides. « Après le droit à la discrimination, il y a le droit à la vie. C’est encore très complexe parce qu’on peut penser aux féminicides… Si on vous tue parce que vous êtes une femme, on a marché sur votre droit à la vie. Sauf qu’on venait de faire un colloque à Yaoundé sur les féminicides, et les éléments nous disaient qu’on ne vous tue pas seulement parce qu’on vous enlève la vie. On peut vous tuer symboliquement et combien de femmes sont-elles tuées symboliquement ? ». L’écrivaine fait savoir que le dénigrement permanent dont sont victimes les femmes est une violence psychologique, qui lui ôte symboliquement la vie. Les droits à la liberté et à la sécurité viennent ensuite. « Si vous voulez entreprendre ou faire quelque chose et qu’on vous dise qu’en tant que femme, vous n’avez pas le droit, on empiète sur vos droits », asserte l’oratrice. Enfin vient le droit de ne pas être tenue en esclavage. En ce qui concerne l’esclavage, la professeure explique qu’une femme peut être tenue en esclavage étant libre en apparence. Au sein de son foyer notamment, le fait d’être « achetée » « déplacée », de devenir « corvéable » contre sa volonté est une forme d’esclavage. Ces droits fondamentaux de la femme sont des droits humains de façon générale, mais leur concentration sur la femme au point d’en faire une journée internationale résulte d’une déconstruction du potentiel féminin au 19e siècle, alors que bien avant, les sociétés africaines plus anciennes présentaient un statut impérieux de la femme.

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La femme, de sa puissance à l’époque antique et médiévale à son infériorisation du 19e siècle

En convoquant des chercheurs et des documents de l’époque médiévale(moyen-âge), l’enseignante chercheure a démontré que la femme n’était pas discriminée et pouvait même s’imposer dans la société, ses droits étaient notifiés et appliqués. Le voyage dans le temps avec la professeure Balana nous conduit premièrement en Egypte antique, avec pour source la première femme égyptologue, Christiane Desroches. « Christiane Desroches nous parle de la vie des femmes au temps des pharaons. Elle raconte que cette femme-là, elle peut hériter, elle peut décider, écrire un testament, elle peut monter sur le trône. Et Christiane Desroches nous dit que pour comprendre jusqu’où la femme jouit de ses droits en Egypte antique, il faut regarder le mode divin. Alors vous ne pouvez pas avoir un mode de vie qui règle la vie quotidienne dans l’Egypte antique, où la femme à une telle puissance et espérer qu’elle ait pu être dominée dans ses rapports quotidiens », argue l’écrivaine. Après l’Egypte antique, c’est le moyen âge africain que la chercheure prend en référence, le 13e siècle, précisément entre 1235 et 1236, époque de Soundiata Keita, qui a régné sur l’empire du Mali. Une charte élaborée à cette époque considérait les droits de la femme à en juger notamment l’article 16 disant : « les femmes en plus de leurs occupations quotidiennes doivent être associées à tous les gouvernements ». Ces références associées à bien d’autres démontrent que la place de la femme dans la société était à part entière avant que le 19e siècle ne vienne tout chambouler. Pendant le 19e siècle en effet, « l’infériorité congénitale de la femme » a été construit notamment par la science. En comparant les crânes, l’anthropologie physique conclut que la femme a un petit crâne et donc est inférieure intellectuellement. « Cette construction de l’infériorité de la femme a ouvert la voix à tous les abus possible », selon la Professeure Balana. Malgré la Déclaration universelle des droits de l’Homme, ces abus persistent et donnent lieu à des plaidoiries, des batailles menées pour que les droits des femmes qui sont les droits de la personne humaine soient appliqués sur tous les plans.

Ce mot de la professeure littéraire a été dit le 8 mars 2025 au cours d’une conférence organisée dans le cadre de la première édition de Fémin’art, un projet de l’association Protection de l’enfant (Prode), dirigé par la musicienne et entrepreneure Gaëlle Wondjé, en vue de l’épanouissement de l’enfant par le bien-être de la mère. « Parce que nous pensons qu’une maman qui se porte bien, qui est bien équilibrée, c’est un enfant qui est mieux éduqué, plus épanoui, c’est pourquoi nous nous sommes dits, nous allons nous pencher un peu sur la question de la femme et proposer un angle de vue différent le 8 mars », a fait savoir la promotrice Gaelle Wondjé. Ce programme comportait plusieurs autres activités en plus de la conférence organisée à l’Institut français du Cameroun, antenne de Douala, des activités concourant à la sensibilisation des femmes, à leur formation et à leur bien-être. Un évènement qui a effectivement marqué les femmes qui y ont participé. « Je suis vraiment touchée, très ravie d’avoir reçu toutes ces informations ici aujourd’hui. C’est impressionnant de voir toutes ces grandes dames qui parlent de leurs expériences, on apprend certainement, vraiment je loue cette initiative », a réagi Barbara Tayou au micro de Griote.

Chanelle NDENGBE

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