L’OPPOSANT ANICET EKANE EST MORT EN DETENTION, DES FEMMES DENONCENT UN « ASSASSINAT POLITIQUE »

Le Cameroun est frappé par le décès de l’opposant Anicet Ekane, survenu ce lundi matin en détention, l’indignation et la consternation enflent et des femmes montent au créneau pour dénoncer une responsabilité du gouvernement.

Des sources familiales et politiques ont confirmé que le leader du Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie (Manidem) s’est éteint dans la nuit du dimanche au lundi 1er décembre 2025 en détention au Secrétariat d’Etat à la Défense (SED). L’opposant avait été interpellé le 24 octobre dernier en marge des tensions post-électorales, la triste nouvelle crée un émoi général au Cameroun à l’ouverture du mois de décembre et les femmes activistes ainsi que celles de la famille du défunt dénoncent un crime politique.

« Ils l’on tué », la famille du défunt dénonce un crime

« Ils l’ont tué ». C’est par ces mots que Mariane Simone Ekane a confirmé le décès de son frère Anicet Ekane, sur sa page Facebook. Le leader politique est décédé dans l’une des cellules du SED alors que la dégradation de son état de santé était jusqu’à dimanche dernier au centre des débats avec des allégations sur l’extraction de son oxygène. Dans la vague des réactions, on a enregistré des sorties de la famille du leader politique. Face à la presse, Gertrude Ekane, une autre sœur du défunt fait savoir que la famille ne récupérera pas la dépouille. «Ce que je peux dire c’est qu’ils restent avec le corps. Qu’iIs restent avec, on ne veut pas ça. La famille a décidé qu’on ne veut pas ça. Ils ont gagné, Ils voulaient voir Anicet Ekane mort, qu’ils restent avec le corps ». Les femmes politiques et activistes sont également montées au créneau pour dénoncer une responsabilité du gouvernement dans le décès de l’homme politique.

Pour Me Alice Kom, on assiste à une « honte nationale criminelle »

«J’ai appris, à l’instant, avec une émotion profonde, en ce jour de lutte contre un régime autoritaire et totalitaire, marqué par des actes d’une brutalité barbare, que mon frère de combat, Anicet Ekane, est décédé. Son décès est une tragédie immense pour notre pays …

Ce qui s’est passé est une honte nationale. Une honte nationale criminelle. Quel pays digne de ce nom prive-t-il un homme malade de l’oxygène qui le maintien en vie ? Aucun. Jamais.

Et pourtant… c’est arrivé. Ici. À lui. À Anicet Ekane.

Il n’était pas seulement un leader politique. C’était un homme vrai. Un être profondément humain. Un ami. Un frère. Un de ces hommes rares qui portent en eux l’intégrité, la loyauté, le courage — tout ce qui manque si douloureusement à ce pays.

Ils n’ont pas seulement volé sa liberté. Ils ont volé son souffle. Ils ont volé ses derniers instants. Ils ont cherché à éteindre une voix qui ne demandait qu’une seule chose : la vérité du vainqueur.

Il va terriblement nous manquer. Son courage, sa force, sa clarté, sa loyauté absolue envers le peuple.

Anicet n’est plus là. Mais son absence crie. Et sa lumière brûle encore … »,

a écrit la porte-parole du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC).

Selon Rebecca Enonchong, la mort d’Anicet Ekane est clairement un « assassinat politique »

« Anicet Ekane est mort en détention. Il a été enlevé sans raison, son matériel médical confisqué et il a été privé de soins appropriés parce qu’il avait osé défendre la vérité. Oui, le régime a tué Anicet Ekane. C’était un assassinat politique. Anicet avait une pureté de cœur très rare chez les hommes politiques. Un homme aux convictions profondes. Repose en paix, mon cher ami. Nous poursuivrons ton combat pour un Cameroun libre »,

a réagi l’activiste sur X.

Me Michèle Ndoki quant à elle pense que la mort d’Anicet Ekane est aussi la mort de la justice camerounaise

«Aujourd’hui, nous pleurons non seulement la mort d’un Camerounais courageux, Anicet Ekane, mais aussi celle de la justice dans notre nation.

Anicet a été arrêté sans aucune charge, détenu sans la moindre base légale et délibérément privé du matériel médical dont il avait besoin pour survivre. Son seul « crime » était de refuser de se courber devant le mensonge. Sa seule arme était la vérité. Pour cela, le régime a décidé qu’il devait être réduit au silence. Ils ont tout essayé pour le briser : l’isolement, la privation, l’humiliation. Pourtant, son esprit est resté invaincu. Même enchaîné, il se tenait plus droit que ceux qui l’ont emprisonné. Une fois de plus, le régime Biya se dévoile aux yeux du monde comme un régime prêt à détruire chaque Camerounais qui ose se tenir debout, qui ose dire la vérité, qui ose défendre la dignité de notre peuple. Le sang d’Anicet tache les mains de ceux qui ont ordonné sa détention… et de ceux qui, par lâcheté ou par silence, ont permis que cela arrive. Mais que les choses soient claires : On peut tuer un corps, mais on ne peut pas tuer la vérité. On peut emprisonner un patriote, mais on ne peut pas emprisonner le désir de justice d’un peuple. Anicet Ekane ne sera pas oublié. Son sacrifice renforce notre détermination. Son héritage guidera notre lutte… »,

à écrit l’ex cadre du mouvement pour renaissance du Cameroun (MRC), sur sa page Facebook.

Dans une déclaration officielle, la présidente de l’Union démocratique du Cameroun (UDC), Patricia Tomaino a interpellé le gouvernement à faire la lumière de son confrère et réitère sa requête au gouvernement camerounais pour la libération de tous les prisonniers politiques.

Au milieu des éclats de voix, marquées par les accusations, le ministère de la défense a réagi. Dans un communiqué, le Capitaine de Vaisseau Atonfack Guemo Cyrille, chef de division de communication annonce l’ouverture d’une enquête pour faire la lumière sur les circonstances de ce décès qui ébranle le Cameroun. Une autopsie est à cet effet prévue pour le mardi 2 décembre 2025.

Chanelle NDENGBE

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