Maltraitée, accusée d’avoir tué leur mari, des jours de veuvage sans manger, ces femmes qui ont raconté leur histoire triste, ont été soulagées par la donation d’une camerounaise de la diaspora.
La main tendue de Laetitia Yinda Baleguel, a surtout attendri le cœur des membres de l’association des veuves solidaires de Douala 5ème. Maltraitées par leurs belles-familles, les veuves s’en sortent grâce à leur dynamisme. De la cinquantaine des femmes présentes à cette cérémonie de donation du mercredi 20 décembre 2023, la rédaction de Griote a particulièrement pris connaissance de l’histoire de trois d’entre elles. Des histoires différentes qui cependant, ont un lien avec la tradition et la pensée de leurs belles-familles.
Accusée d’avoir tué son mari, Hélène a passé 11 jours de veuvage sans se laver
Aujourd’hui âgée de 63 ans, devenue veuve en avril 2008, maman Hélène se souvient de tous les détails de ses rites de veuvage comme si c’était hier. Ces rites ont été effectués dans le village de son défunt mari à l’Ouest du pays. Enfermée dans une pièce sombre et couchée sur une natte, pire qu’une prisonnière, elle était privée de bain «J’ai fait onze jours comme ça dans le veuvage sans me laver, ni laver l’assiette où je mangeais dedans. Pas de cuillère», raconte maman Hélène. Le 11e jour il a fallu qu’elle franchisse une dernière étape cruciale pour être innocentée de la mort de son mari. « Le dernier jour, ils m’ont fait sortir et m’ont déshabillée, j’étais toute nue. Ils m’ont placée au milieu de la cendre, on m’a dit de faire le tour en pleurant. Ils ont dit que les larmes doivent couler, si les larmes ne coulent pas je recommence ». Après cette expérience traumatisante, maman Hélène a dû se surpasser pour s’occuper de ses sept enfants dont la dernière âgée de 14 ans au moment des faits. Aujourd’hui elle en a perdu deux, mais après les avoir élevés grâce au commerce d’abord de friperie, puis des épices qu’elle vend jusqu’à ce jour au marché de la Cité-sic à Douala.
Sept jours de veuvage à manger sur la tombe de son époux pour maman Monny
Tiaguen Monny, 67 ans veuve depuis 2010 a également subi les foudres des rites de veuvage. Dame Tiaguen raconte qu’elle a été placée dans une zone isolée et pendant sept jours elle avait pour repas du plantain accompagné d’huile rouge. « J’étais toute seule là-bas. Il venait seulement me donner la nourriture, c’était le plantain avec un peu d’huile rouge qu’on mettait dans les feuilles de bananiers là. On me mettait sur la tombe de mon mari et on me disait ‘’tu dois manger là-dessus seule’’ », narre la sexagénaire qui se souvient aussi de plusieurs étapes qu’elle a dû franchir durant ce veuvage pour prouver qu’elle n’était pas liée à la mort de son mari. Ce calvaire passé malgré son effet traumatisant, dame Tiaguen s’en est sortie. Elle a pris sur elle l’entière responsabilité de ses sept enfants grâce au commerce. De nos jours, elle est une vendeuse de Ndole lavé très populaire au marché de Bonamoussadi.
Il a été imposé à Marie de prendre un autre époux dans sa belle-famille
Si à la différence des veuves suscitées, dame Kuitchoua, née Ngo Nguidjol n’a pas été accusée par sa belle-famille de la disparition de son époux il y a près de 20 ans, elle a fait face à une requête «inappropriée» et a dû subir les conséquences de son refus. « Mon mari et moi nous avons très bien vécu…Quand il est décédé, il y a eu beaucoup de problèmes. Ma belle-famille a décidé de me donner un autre mari dans leur famille et je n’ai pas accepté cela. J’ai décidé de rentrer chez nous », révèle-t-elle. C’était le point de départ de sérieuses tribulations marquées par le rejet de sa belle-famille « Au moment de rentrer, il y a eu tellement de problèmes. Ma belle-famille m’a rejetée, moi et les enfants. J’ai tellement souffert parce que c’était très difficile financièrement… Mais je me suis battue, mes enfants était au nombre de cinq, l’aînée avait 11 ans à l’époque aujourd’hui elle a 30 ans, Dieu merci … Mon mari de son vivant ne voulait pas que je travaille, j’ai dû être dame de ménage et entre temps, je me suis formée dans l’hôtellerie. Aujourd’hui c’est de ça que je vis », ajoute la quinquagénaire.

Comme les dames Hélène, Monny et Marie, les veuves sont confrontées à des situations difficiles, et méritent des encouragements pour toutes les tempêtes qu’elles traversent, et par la même occasion, cet encouragement peut contribuer à sauver les enfants du traumatisme causé par ces situations. C’est ce que pense la donatrice Laetitia Yinda Baleguel, camerounaise résidente en France, qui a été élevée par une veuve dont elle ne peut oublier les souffrances. « J’ai perdu mon papa quand j’étais enfant. Après la mort de notre père, ma maman s’est retrouvée avec cinq enfants abandonnée à elle-même, chassée, maltraitée, humiliée jusque dans sa chair…J’ai vu ma maman souffrir », se souvient la donatrice dont la maman s’en est sortie grâce à la vente des beignets haricot, bouillie. C’est parce que la dame Baléguel pense que cette situation doit s’arrêter qu’elle a fait cette donation les veuves ont reçu sous formes de produits de denrées alimentaires et de ménages. L’action est fortement saluée par les bénéficiaires représentées par leur leader. « Ça été une grande surprise pour nous de voir une personne qui est venue de si loin pour apporter du sourire aux veuves que nous sommes. Nous avons été très contente de ce geste noble », affirme Thècle Nyobe, présidente de l’Association des veuves solidaires de Douala 5e.
L’Association des veuves solidaires de Douala 5 a également été choisie par dame Baléguel en raison de sa légalité. Dans un rapport de la présidente, nous apprenons que 924 veuves y ont été comptées lors du dernier recensement en 2018. Ladite association dispose de 54 antennes reparties dans le cinquième arrondissement de la ville et bénéficie également des mesures du ministère de la promotion de la femme et de la famille dans le plan d’action pour l’autonomie des femmes, comme l’a laissé entendre Marie Berthe Nsoga, directrice du centre formation de la promotion de la femme et de la famille de Douala 5e. « Les femmes devraient se regrouper en association pour solliciter des formations dont elles ont besoin », précise dame Nsoga.
Chanelle NDENGBE

