Ces photos et images sont celles d’enfants de moins de 18 ans, les chiffres ont été communiqués lors du débat ouvert sur la loi sur la protection de l’enfance en ligne au Cameroun.
Le mardi 11 avril 2023, plusieurs représentants de ministères et organisations impliquées dans la réflexion sur l’adoption d’une loi protégeant les enfants de moins de 18 ans dans le cyberespace se sont réunis à yaoundé à l’initiative de l’Association for Peace and Development in Africa(APDA), une association qui s’est donnée pour mission de protéger l’enfance, en vue d’évaluer le processus de mise en place d’une politique intégrée de la protection de l’enfance sur internet au Cameroun.

Protection de l’enfance sur internet: l’état des lieux
D’entrée de jeu, Landry Bankoue le coordonnateur de l’APDA a dressé l’état des lieux de la politique camerounaise de la protection de l’enfance sur le cyberespace. On apprend pendant son exposé que les enfants de moins de 18 ans sont en permanence en danger à chaque fois qu’ils se connectent sur internet. Le constat chiffré brandi par son association donne froid au dos. Selon une étude menée en 2014 à Douala, plus de 30% d’enfants âgés entre 10 et 17 ans ont avoué regarder des films pornographiques sur internet. «Chaque année, ces chiffres sont doublés et aujourd’hui, en l’absence d’autres statistiques fiables, le tableau est certainement plus alarmant » s’est inquiété Landry Bankoue.
Une inquietude soutenue par des révélations encore plus effrayantes soulignées par le National Centre of exploited Children, une ONG américaine spécialisée dans la cybercriminalité qui avance que plus de 8 325 images et photos sexuellement explicites d’enfants de moins de 18 ans interagissant sur le cyberespace au Cameroun sont disponibles sur la toile . «La litanie des dangers encourus par les mineurs serait peut-être moins dramatique si la récente montée en puissance des jeux de hasard et autres loteries en ligne bénéficiaient d’un contrôle étatique plus rigoureux » va commenter le coordonateur de l’APDA.
Face à cet état des lieux effarouchant, l’urgence d’agir et d’agir ensemble se pose. «Tout le monde doit s’y mettre, on ne peut pas laisser nos enfants et notre jeunesse se pervertir autant en utilisant cet outil pourtant neccesaire qu’est internet » commente Priscille Kibisaï, journaliste et mère de famille présente aux conclaves.
Les représentants du ministère de la justice et du ministère des postes et télécommunication parlant au nom du gouvernement camerounais affirment à cet effet que l’Etat prend la bonne mesure de la situation. La preuve de l’implication du gouvernement camerounais dans la protection des plus jeunes sur internet se traduit par l’existence d’un avant projet de loi concernant la protection de l’enfance en ligne actuellement en maturation et dont les grandes lignes ont été présentées au cours de la rencontre du 11 avril.
De l’exposé d’une demi heure du représentant du ministère des postes et télécommunications, il ressort que le cyberespace camerounais ne sera bientôt plus un no man’s Land. Les responsabilités des intervenants sur internet seront bientôt plus importantes et des sanctions pénales seront prises contre tous les internautes et fournisseurs de contenus susceptibles de mettre en danger l’enfance.

Une loi sur la protection de l’enfance sur le cyberespace en maturation
Quelques morceaux choisis du document déjà mis à la disposition des autorités compétentes pour appréciation obligeraient par exemple les fournisseurs de contenus et de services en ligne à décrire explicitement la nature des contenus et services ainsi que l’âge des cibles visées. Des sanctions autant administratives que pénales sont également prévues pour les contrevenants.
Ainsi, les auteurs de contenus portant atteinte à la dignité s’exposeraient bientôt à une amende allant de 5 à 10 millions de francs CFA assortie d’une possible peine d’emprisonnement allant de 5 à 10 ans. Les forces de l’ordre et des structures comme l’agence nationale des technologies de l’information (Antic) et l’agence de régularisation des télécommunications vont bénéficier d’un renforcement prétorien de compétences pour la bonne application de la loi encore en préparation.
Si le projet de loi est salué par l’ensemble des participants ses imperfections et zones d’ombre ont également été relevées par ceux-ci. «J’avoue que je suis un peu déçu. J’ai l’impression que le gouvernement n’a pas pris la pleine mesure de la situation. Ce projet est certes intéressant en plusieurs points mais il est trop imprécis et laisse trop de vide juridique » lance Landry Bankoue. «Le projet de loi en lui-même est intéressant. Les manquements soulevés peuvent être dûs au fait que toutes les parties prenantes n’aient peut-être pas été impliquées. On espère qu’elle sera revue une fois au parlement mais ce sera un outil important pour la protection des consommateurs » ajoute la représentante de l’ART.
A l’exemple de la France qui a édicté un code de bonne conduite des utilisateurs du cyberespace et particulièrement des influenceurs en cette année 2023, ou de l’Egypte qui l’a fait en 2018, le Cameroun pense à la protection des enfants sur internet.
John MATOU
