Alors que la commission franco-algérienne créée récemment est dirigée par deux historiens, celle du Cameroun lancée en mars dernier est dirigée par un une historienne française et un artiste camerounais, scandale dans l’univers scientifique camerounais.
Dans le cadre de la reconstitution de l’histoire coloniale des pays d’Afrique francophone, les travaux de la commission d’historiens algéro-français ont débuté le 21 novembre dernier. Ladite commission est co-dirigée par les historiens Mohamed Lahcen Zeghidi du côté de l’Algérie et Benjamin Stora du côté français. La direction de cette commission est venue raviver les polémiques suscitées par la direction de la commission camerouno-française assurée par l’historienne française Karine Ramondy et l’artiste musicien franco-camerounais Blick Bassy. La présence de ce dernier à la tête de la commission au détriment d’un historien camerounais a suscité le courroux des historiens camerounais qui dénoncent la recherche à ciel ouvert des intérêts français.
Les indignations d’historiens relevées à la suite de la nomination par Emmanuel Macron de Blick Bassy à ce poste sont légion. La plus notable est celle portée par les historiens recueillis au sein de la Société d’histoire camerounaise (SHC) dirigée par le Pr Daniel Abwa. Méfiants de cette «commission mémoire » à son annonce par le Président Emmanuel Macron en visite à Yaoundé en juillet 2022, le Pr Daniel Abwa et ses collaborateurs sont davantage choqués par l’évolution de ce dossier. Ils trouvent insultant qu’un artiste co-dirige cette commission au détriment d’un historien camerounais. « Que nous apprenions aujourd’hui que la fameuse « commission chargée de travailler sur l’action de la France au Cameroun pendant la colonisation et après l’indépendance du pays est composée de l’historienne Karine Ramondy pour le volet recherche et le chanteur Blick Bassy pour un volet artistique, c’est plus qu’une insulte pour les historiens camerounais », lit-on dans le communiqué d’indignation du SHC. Une indignation poignante à laquelle avait réagi Blick Bassy justifiant sa présence par nomination par l’existence d’un « volet artistique », en qualité de l’artiste qu’il est. «Très heureux de co-présider cette commission mixte pluridisciplinaire mémoire sur la guerre d’indépendance au Cameroun. Je m’occuperai de la partie culturelle et artistique et Karine Ramondy de la partie scientifique et historique » a réagi l’auteur du titre « Mpdodol ». Ce « volet artistique » tant évoqué ne suffit pas à convaincre le Président du SHC de la bonne foi française, le Cameroun disposant selon lui de compétences scientifiques artistiques pour s’en charger. « On nous dit que le chanteur s’occupera des aspects artistiques, soit. Mais le Cameroun dispose des compétences avérées et des scientifiques de haut niveau qui sont des historiens de l’art ou historiens du patrimoine », indique le Pr qui a par ailleurs décidé de ne pas participé à cette aventure jugée malveillante.
A l’exception des dirigeants de cette commission, ils sont quatorze historiens, sept camerounais dont deux dames, le Pr Nadège Laure Ngo Nlend et le Dr Alvine Assembé, toutes deux de l’université de Douala avec sept historiens français qui font partie de cette commission mixte. Les travaux portent sur les actions de la France au Cameroun sous tutelle des Nations Unies et après la proclamation des indépendances, c’est-à-dire, précisément de 1945 à la fin de seconde guerre mondiale en 1971, année de la seconde guerre nationaliste. Les résultats de ces travaux devraient être disponibles d’ici fin 2024 et pourraient mettre à nue les responsabilités de la France coloniale dans les massacres des guerres d’indépendances, indépendance pour laquelle le leader nationaliste Ruben Um Nyobe a été tué en septembre 1958.
Chanelle NDENGBE
