SCANDALE AUTOUR DU FÉMINICIDE DE DIANE YANGWO : RELÈVE D’APPEL FACE AU VERDICT QUI PREVOYAIT LA LIBERATION DE L’ÉPOUX MEURTRIER

La juge Medou Dany L’or a rendu son verdict au tribunal de grande instance de Douala-Bonanjo, un verdict jugé scandaleux qui conduit à une relève d’appel. 

Ce n’est pas un poisson d’avril, la décision de justice rendue le mardi 1er avril par la juge Medou Dany L’or fait état de 5 ans d’emprisonnement avec sursis et une amende de 52 000 FCFA à payer par l’accusé Bekobe Mvondo Eric, ce qui signifie qu’il devait être libéré. Ce verdict jugé scandaleux et injuste a conduit à deux appels : celui du ministère public et celui de l’avocate de la famille Me Charlotte Tchakounte.

Le verdict contesté qui choque

Le verdict controversé apparaît comme une claque violente que reçoit en pleine figure la famille de Diane Yangwo, 16 mois après le meurtre de l’enseignante. On dirait « la deuxième mort de Diane Yangwo » pour reprendre l’expression du sociologue Aladin Thiam suite à la prononciation de ce verdict. Un verdict d’autant plus surprenant que le mis en cause a lui-même plaidé coupable le 4 mars dernier dans cette affaire dans laquelle il est poursuivi pour « coups mortels ». Colère et déception animent la famille de la défunte enseignante d’anglais. « Décision scandaleuse et injuste. Au regard de toutes les preuves fournies et du résultat de l’autopsie, nous nous attendions à une décision autre. Malheureusement, madame la présidente du tribunal en a décidé autrement… Nous sommes très déçus, nous avons l’impression que la balance de la justice camerounaise s’est inclinée il y a belle lurette. C’est une véritable honte pour un pays de droit comme le Cameroun qu’à l’heure des grandes avancées dans tous les domaines y compris celui du droit, nous restions dans l’insensé », a réagi à notre micro sieur Valeur Nyamsi, cousin et collègue de la défunte Diane Yangwo.  « Je suis très déçue par le verdict donné par Mme la juge. Une femme qui dit qu’un homme doit tuer sa femme et reconnaître de l’avoir tué et puis être libre. Une injustice qui n’ a pas de nom », proteste Amélie Nguimbous amie et collègue de la défunte. Fort de cette injustice décriée, la famille ne compte pas lâcher l’affaire. « La famille ne va pas en rester là. Me Tchakounte a fait appel et nous osons croire qu’il y aura une véritable décision de justice », a déclaré sieur Nyamsi.

En effet, le ministère public a aussitôt réagi en faisant appel ce même mardi 1er avril 2025. A sa suite, Me Tchakounté, au nom de la famille de la victime a également relevé appel cet après-midi du mardi 2 février 2025. « Je sors du tribunal de grande instance de Bonanjo où j’ai déposé une lettre d’appel. Donc j’ai relevé appel et même le parquet m’a-t-on dit a relevé appel », renseigne Me Tchakounte au micro de Griote. Ces révèles d’appel bloquent ainsi la libération de sieur Bekobe Mvondo Eric qui devait selon le verdict, sortir de prison durant les prochaines heures suivant le verdict, après avoir passé 16 mois en détention pour information judiciaire à la prison centrale de Douala.

Une affaire de meurtre et non de coups mortels

Bekobe Mvondo Eric, employé au service courrier à la SCB Bonanjo était devant la barre pour « coups mortels » sur son épouse Diane Yangwo, qui a succombé le 18 novembre 2023 à l’hôpital gynéco-obstétrique de Yassa. Ce qui n’avait pas lieu d’être de l’avis du magistrat Ulrich Xavier Ovono. Au cours d’une interview accordée à Griote, le magistrat a énuméré des éléments pour lesquels, on devrait juger le mis en cause pour meurtre et non pour coups mortels. Il s’agit d’une part des résultats de l’autopsie selon lesquels il y a eu une incision de 18 cm sur la défunte et d’autre de part d’une tentative de dissimulation du corps de la victime. « Le légiste dit qu’il y a eu une incision de 18 cm qu’il distingue des écorchures. Donc une incision suppose qu’il a pris un objet, une lame, un couteau ou quelque chose pour la déchirer. Deuxième élément qui est fondamental et sur lequel le juge ne s’est pas appuyé pourquoi il voulait mettre le corps inanimé de la victime dans la malle arrière ? … Pour moi c’est un meurtre ce n’est pas un coup mortel… il avait décidé qu’elle doit mourir », argue le magistrat.

Chronologie des faits

14 novembre 2023 : jour de la dernière altercation du couple, le mari frappe son épouse au ventre avant de la traîner vers la malle arrière de son véhicule, mais des personnes qui ont assisté à la scène interviennent. L’enseignante est internée à la clinique Zabélé à Yassa, ce qu’elle-même croyait être un léger malaise va se compliquer.

Entre le 15 et le 17 novembre 2023 : les médecins font des révélations intrigantes, dont la perte de litre de sang et un pancréas écrasé. Elle est transférée à l’hôpital gynéco obstétrique et pédiatrique de Yassa où la situation va se compliquer.

18 novembre 2023 : le décès de Diane Yangwo est prononcé aux environs de 15h, la famille revoltée traque l’époux bourreau. Ce dernier est finalement extirpé stratégiquement pour la brigade de Ngodi Bakoko de peur qu’il ne soit lapidé.

Du 24 au 29 novembre 2023 : le mis en cause est déféré au tribunal de grande instance de Bonanjo où il est entendu. Il plaide non coupable et joue au malade mental. Le 29 novembre, il est déféré à la prison centrale de Douala.

27 décembre 2023: les resultats de l’autopsie de Diane Yangwo sont envoyés a la presidente du tribunal de grande instance du Wouri avec pour conclusion « mort des suites de violence physique compliquée d’hémorragie interne abdominale ».

28 mars 2024 : les obsèques de Diane Yangwo débutent à Douala au milieu des pleurs, des hommages et des dénonciations des violences conjugales.

18 novembre 2024 : c’est la commémoration du drame, des voix s’élèvent pour exprimer l’indignation et le souhait de la non récidive.

20 novembre 2024 : un match de football est organisé par ses collègues, les enseignants du lycée bilingue de Nylon. Ils sensibilisent sur l’impact négatif des violences conjugales .

07 janvier 2025 : ouverture du procès, Bekobe Mvondo est poursuivi pour « coups mortels » sur son épouse Diane Yangwo, mais l’audience n’a pas lieu, elle est reportée.

04 février 2025 : Au tribunal de grande instance, le mis en cause reconnait que son épouse est décédée suite aux violences conjugales.

04 mars 2025 : il plaide coupable de coups mortels, reconnait que son épouse est morte suite aux violences conjugales, mais déclare que l’acte n’était pas prémédité, ce que conteste la famille endeuillée selon laquelle le sieur Bekobe Mvondo Eric proférait souvent des menaces à l’endroit de Diane. L’audience de délibération est renvoyée au 1 er avril.

1er avril 2025 : Bekobe Mvondo Eric est condamné par la juge Medou Dany L’or a 5 ans d’emprisonnement avec sursis et une amende de 52 000 FCFA. Le verdict soulève un tollé national. Le même jour, le ministère public fait appel.

02 avril 2025 : l’avocate de la famille, Me Charlotte Tchakounte fait appel.

Au moment de son décès tragique, Diane Yangwo avait 30 ans. Les témoignages font état d’une habituée des violences conjugales qui voulait préserver sa famille, ses trois petits enfants en particulier. Avec le verdict controversé prononcé 16 mois après son décès, la famille continue de reclamer justice.

Chanelle NDENGBE

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1 Comment

  1. Parfois la justice populaire est meilleure. Le pays ci fait déjà peur. Pourquoi le mariage est-il devenu une forme de gangrène de nos jours ? Les femmes ne sont plus en sécurité. Quels sont le rôles du ministère de la promotion des femmes et de la famille et le ministère des affaires sociales ?

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