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UN PLAIDOYER COLLABORATIF POUR LA FIN DES FÉMINICIDES AU CAMEROUN SOULÈVE LES RESPONSABILITÉS ÉTATIQUES, FAMILIALES ET INDIVIDUELLES

Avec plus de 67 cas de féminicides enregistrés en 2024 par Griote, un plaidoyer organisé à Douala a élaboré un ensemble de mesures pour contrer le phénomène qui tend à s’imposer au Cameroun. 

A l’initiative du cluster Afrique centrale de Solidarity for African Women’s Rights (SOAWR), composé  de Women’s Counselling and information center (WCIC),  Wanet et Women’s peace initiative (WPI) en collaboration avec les organisations de la societe civile, avec Griote comme partenaire technique, un forum d’échanges a proposé des mesures pour lutter efficacement contre les féminicides qui prennent de l’ampleur au Cameroun au regard des statistiques effrayantes. Le prétexte était celui d’un plaidoyer collaboratif pour la lutte contre les féminicides, à l’occasion de la 19e édition de la campagne des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre .

Le féminicide est «une forme extrême de violence basée sur le genre, enracinée dans la domination masculine et les inégalités des sexes », selon la SOAWR.  Dans le monde, 85 000 femmes ont été tuées de façon intentionnelle selon Onu-femmes. Le Cameroun a enregistré 130 femmes tuées entre 2019 et 2020, de sources d’organes institutionnels et associatifs. Griote, média en ligne traitant des sujets relatifs aux femmes et aux enfants, enregistre pour sa part 67 cas de femmes tuées entre janvier et novembre 2024, chiffre légèrement supérieur à celui de l’année dernière ou le Web média a enregistré 66 cas de féminicides. Ces chiffres rendent compte de la montée fulgurante des féminicides au Cameroun au point où plusieurs évoquent une «épidémie de féminicides» . Cette situation alarmante donne lieu à un plaidoyer collaboratif tenu à l’initiative de la Swoar en partenariat technique avec Griote. Ce plaidoyer a réuni avocates, leaders d’associations, cadres du ministère de la promotion de la femme et de la famille (MINPROFF), femmes de médias, spécialistes des droits des femmes et de nombreux participants autour du thème : « Tous unis contre les féminicides au Cameroun». L’évènement a été marqué par l’élaboration des mesures qui pourront guérir le Cameroun de l’épidémie de féminicides de nature à créer de grands traumatismes. Ces mesures interpellent l’Etat, les bourreaux, la société, les familles et les victimes.

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Endurcissement de la loi en faveur de la protection du genre, amélioration de la gouvernance

La lutte contre les féminicides necessite l’implication de tous dont en bonne place les pouvoirs publics comme le déclare dame Elisabeth Mekougou Obama, spécialiste panafricaine des questions de genre et panéliste à l’événement. « Les féminicides sont un problème sérieux d’intérêt national qui requiert l’attention individuelle et la conscience collective, dont la responsabilité première des pouvoirs publics pour un endurcissement encore plus important de la loi». Les avocates panélistes relèvent aussi une légèreté de la loi concernant les violences basées sur le genre. C’est un vide juridique qui conforte les auteurs de violences basées sur le genre selon Me Charlotte Tchakounte. « La fragilité de la loi camerounaise donne du zèle aux hommes méchants« , a déclaré l’avocate. Cette fragilité fait référence à l’absence d’une loi spécifique qui réprime ou criminalise la violence basée sur le genre et sa forme extrême qu’est le féminicide. « Ce que nous retenons aussi c’est que la proportion qui va en s’accroissant est également due au fait qu’on ait pas de façon beaucoup plus explicite des dispositions beaucoup plus spécifiques dans le cadre normatif, notamment dans notre code pénal qui réprime effectivement ou qui criminalise les féminicides ou les violences basées sur le genre », explique la spécialiste qui apprend aussi qu’un avant projet de loi sur les violences basées sur genre avait été préparé mais n’est toujours pas sorti des tiroirs. L’Etat camerounais est donc interpellé à cet effet. Les pouvoirs publics sont également interpellés au niveau de la bonne gouvernance afin non seulement de garantir l’égalité des chances et les opportunités d’autonomisation à tous les citoyens indépendamment des sexes, mais aussi de lutter contre l’insécurité qui s’amplifie avec la consommation des stupéfiants. L’éducation sur laquelle l’Etat doit miser n’est pas en reste , mais c’est une tâche  qui incombe particulièrement aux familles.

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Prestation de la comédienne Monica

L’éducation, une arme contre les féminicides

Selon des rapports de l’UNFPA et du MINPROFF, les violences basées sur le genre sont en grande proportion dans des ménages. De nombreux cas de féminicides repertoriés par Griote se sont également produits dans les ménages. Ce sont des enfants qui ôtent la vie à leur mère, à leur soeur et beaucoup plus, des hommes qui ôtent la vie à leur conjointe/compagne. C’est pourquoi l’éducation est capitale. Inculquer aux enfants  dès le bas âge les valeurs de respect de la dignité humaine indépendamment des sexes. « Il y a une responsabilité déjà au niveau de la communauté, de la famille de l’éducation que nous donnons à nos enfants, pour ressortir le respect de la dignité de la personne, indépendamment de son sexe, de son statut social », argue dame Obama. Le renforcement de l’éducation comme mesure de lutte contre le féminicide a fait grand échos à l’événement. Une étudiante participante au plaidoyer insiste sur l’éducation des garçons. « Je ne suis pas de ceux qui rendent les victimes coupables, mais je pense que nous les mamans, nous avons notre part de responsabilité dans l’éducation du garçon qui tape sur sa femme (…). Parce ce que le garçon a parfois même lévé la main sur sa mère. Ce garçon qui réussit à taper sur sa soeur aujourd’hui et on pense que c’est un jeu. Il va taper sa femme demain et en faire une victime. S’il vous plaît les mamans, ne donnons pas l’amour destructif à nos garçons. Soyons même très rudes avec eux. Parce que ce que nous subissons, ne permettons pas que d’autres filles viennent le subir chez nos garçons « , plaide l’étudiante. Par ailleurs, la femme devrait protéger sa vie face à son bourreau.

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Briser le silence et sauver sa vie

La femme est victime des stéréotypes sociaux selon lesquels, la réussite ne se définit par le mariage. C’est ce qui a poussé des intellectuelles autonomes à souffrir en silence dans leurs foyers  jusqu’à ce qu’elles soient brutalement éteintes. Les cas parlant sont ceux de Diane Yangwo, enseignante du secondaire, Blanche Dountsa, et Vivian Bongka, respectivement chargée  de cours et maître de conférences dans les universités du Cameroun. Me Tchakounte invite la femme à ne pas durcir l’oreille et fermer les yeux face aux signaux d’alerte, la bastonnade notamment. « Tu ne peux pas aimer une femme et la frapper. S’il frappe sur toi c’est que tu n’a plus la même place. Alors commence à prendre tes dispositions. (…)  Si ça ne va pas prends tes pieds et tu pars. Tu pars où tu pars et tu invoques Dieu! Il répond à tous ceux qui l’appellent« , conseille l’avocate en se basant sur des anectodes qui concernent sa vie personnelle et son travail. Elle rappelle également aux femmes qu’elles sont valeureuses et précieuses pour la société, d’où l’importance de rester en vie. « Vous avez de la valeur et votre valeur ne dépend pas de ce que le mari dit, ni même de ce que Me Tchakounte, mais vous avez de la valeur parce que celui qui vous a créé maintient le souffle de vie en vous« , a souligné l’ambassadrice de la paix au Cameroun.

Des témoignages qui font couler des larmes et qui édifient, on réalise tristement que même les femmes à mobilité réduite subissent aussi la violence dans les foyers. L’histoire des victimes de féminicides racontée par dame Clarence Yongo, promotrice de Griote ne laisse pas les participants indifférents. Ce sont ces moments qui ont marqué le plaidoyer collaboratif organisé par la SOAWR (WCIC, WPI, Wanet) avec l’appui technique de Griote. Il ressort surtout que la question des féminicides impose une conscience collective. Car nul n’est épargné par la violence basée sur le genre et sa fatale conséquence qu’est le féminicide. Celle qui n’a pas subi aujourd’hui, pourrait subir demain. La famille qui n’est pas endeuillée aujourd’hui en raison d’un féminicide pourrait l’être demain.

Chanelle NDENGBE

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