La nouvelle qui secoue le pays en cette semaine pascale est celle de la réclamation d’un nourrisson à peine expulsé du ventre de sa maman à l’hôpital Laquintinie de Douala.
Dame Esther Bell Ndjemba, 37 ans, portait une grossesse de huit mois lorsque ressentant des contractions, elle a quitté son domicile au quartier Pk 18 le 30 mars dernier pour se rendre à l’hôpital Laquintinie où elle est arrivée à 23h30 afin de mettre au monde son quatrième enfant. Mais s’il est admis qu’elle a bel et bien accouché à 4h45, la dame n’a senti le parfum de son bébé encore moins goutté à la douceur de sa peau. Le personnel accoucheur lui annonçait que son enfant n’avait pas survécu, pire elle ne pouvait voir ce qu’il restait de lui. La maman bouleversée n’assimilait pas tout ce que lui racontait l’infirmière qui s’est chargée de l’accouchement. Toujours est-il que son enfant ou ce qui reste de lui est introuvable. Scandale ! Au sein de la famille Ndjemba, la tristesse se mêlait à la colère, sentiments partagés par toute la société.

Polémique autour de la disparition du nourrisson
Alors que des rumeurs selon lesquelles il y aurait eu « vol de bébé » dans cet hôpital public se répandaient de plus en plus sur le cyberespace, le directeur de la formation sanitaire fait une communication officielle le mardi 3 avril dans laquelle il confirme ce qui a été dit à dame Esther Bell sur le lit d’accouchement, l’enfant n’a survécu. Il dément ainsi les nouvelles sur le « vol de bébé ». Au sujet de l’explication attendue de lui par rapport au « corps du bébé », il déclare qu’une faute professionnelle d’une stagiaire infirmière de garde cette nuit est à l’origine de la disparition du fœtus. « L’action d’une de nos stagiaires ayant échappé à la vigilance de nos sage-femmes à malencontrement abouti à l’évacuation de ce produit de conception dans le vidoir », précise le communiqué.
Cette communication n’a en rien apaisé la famille d’autant plus qu’elle s’est faite sans accord, contrairement à ce qui y est écrit « Les échanges ayant regroupé le personnel soignant, la famille et la direction ont permis de faire toute la lumière, d’apaiser et d’amener la sérénité ». La famille ne reconnait pas avoir participé à ces échanges, ni avoir eu des explications convaincantes. Elle s’offusque d’ailleurs d’un tel simulacre. « Nous avions une réunion prévue avec le directeur, mais elle a été annulée sans explication et par derrière, nous apprenons qu’il a fait un communiqué disant nous avoir apaisé, c’est insensé », déclare Collette Komol, la belle-sœur de la mère du bébé qui l’a accompagnée dans ce centre sanitaire ce jeudi 30 mars. Par ailleurs, le directeur dans son communiqué a fait allusion à un cas d’avortement. « La jeune dame arrivée pour menace d’avortement tardif a expulsé un fœtus non viable ». Ce qui crée un bouillonnement dans les esprits.
Esther Bell était enceinte de huit mois lorsqu’elle qu’elle est montée sur la table d’accouchement, son carnet de santé et les échographies réalisées au mois d’octobre 2022 indiquent la date probable de son accouchement le 24 mai 2023. Dame Komol perplexe s’interroge. « Je penses que s’il est directeur de Laquintinie, il est médecin. Peut-on parler d’un avortement à huit mois de grossesse ? Mais non !» s’exclame-t-elle. En outre, pour ce qui est de l’avortement, la patiente déclare avoir accouché normalement. « J’ai accouché normalement, je dis que j’ai accouché normalement », répétait Esther Bell sans cesse à notre micro. Elle ne peut effacer le souvenir des circonstances troubles qui ont précédé son accouchement. Elle avait mal et sollicitait l’assistance de sa maman, sans suite favorable. « J’ai dit laissez au moins ma mère entrer, elle (l’infirmière) m’a dit « reste tranquille là-bas. Je suis seule, tu ne peux pas déranger les gens comme ça » », ajoute la jeune femme éprouvée.

La famille réclame son enfant soit-il mort
Esther Bell n’en revient pas de n’avoir même pas attendu les cris de l’enfant. « Pas de cris, rien, on m’a présenté ni le corps de l’enfant, ni son placenta ». Dame Komol sa belle-sœur déclare à ce sujet : «si l’enfant est décédé ce n’est que très simple et normal qu’on nous le remette sans qu’on ne demande parce que c’est comme ça que ça se passe dans tous les hôpitaux … Nous réclamons le placenta, nous réclamons le corps du bébé. Ce n’est pas à eux de décider où inhumer notre enfant », ajoute-elle offusquée.
Le père bébé et mari de la patiente Luc Njemba depuis la survenu de cet incident n’a que ces mots dans sa bouche. « Je veux mon enfant, je ne veux rien entendre, je suis ici pour mon enfant, et on va me le donner », affirme-t-il le mercredi 05 avril. La situation est tellement compliquée pour les deux familles originaires du grand groupe Bassa’a Mpo Bati, dans lequel l’arrivée et le départ d’un nouveau née doivent faire l’objet de rites traditionnelles pour assurer l’harmonie au sein des familles. Le corps du bébé et le placenta sont enterrés au cours d’un cérémonial pour en même temps souhaiter la bienvenue, en même temps souhaiter un bon départ, comme pouvait l’expliquer Reine Carelle Mom, une parente de Bell Esther : « On le fait pour dire tu es venu, et tu nous quitte, aurevoir ». Mais là comme remarquait cette dernière, « les familles sont privées de dire aurevoir à leurs enfants ».
Depuis le 31 mars, ils se sont mobilisés à longueur de journée à l’hôpital Laquintinie pour réclamer ce qui leur revient de droit. Pendant qu’ils faisaient pression devant l’hôpital, des mesures judiciaires étaient engagées, cinq avocats se sont mobilisés autour du dossier. Sur la toile, les internautes manifestaient leur soutien à la famille et les encourageaient à ne rien lâcher pour récupérer leur enfant mort ou vivant.

Le chemin de croix de la prise en charge d’Esther Bell lorsqu’elle est enceinte
Lorsqu’elle tombe enceinte, Esther Bell se rend à l’hôpital de district de Tergal. Sentant une prise en charge lente, car y allant parfois le matin pour ne retourner que le soir, elle décide de poursuivre ses consultations à l’hôpital de district de BBR. On y découvre qu’elle va accoucher de façon prématurée et faute de couveuse, le personnel médical l’envoie à la maternité Saint Paul de Nylon. Toujours faute de couveuse, elle est dirigée à l’hôpital Laquintinie.
Chanelle NDENGBE
