DÉNONCIATIONS DES FRAUDES AUX EXAMENS 2024 AU CAMEROUN : LE SILENCE ASSOURDISSANT DE LA TUTELLE INQUIETE

Alors que les examens du baccalauréat et du probatoire se sont déroulés dans un contexte où des fraudes ont été signalées, le silence du ministère des enseignements secondaires et de l’office du baccalauréat sur le sujet déconcerte.

Tout a commencé lors du baccalauréat de l’enseignement général où des dénonciations ont été faites au sujet des personnes détenant les épreuves qu’elles dispatchaient dans des groupes des réseaux sociaux que sont WhatsApp et Telegram contre un montant d’argent envoyé par les intéressés. L’examen débuté le 21 mai 2024 a tout de suite rencontré des rumeurs de tricherie qui n’honorent pas le déroulement de cette évaluation de la fin des études secondaires.

C’était ensuite au tour du probatoire de voir sa réputation entachée par des fraudes via des groupes WhatsApp où les épreuves déjà corrigées de physique, sciences de la vie et de terre, histoire étaient diffusées au petit matin des matières programmées.

D’où vient donc la fuite ?

Une certaine théorie fait état d’enseignants en colère du fait de la précarité dans laquelle ils travaillent et dont les revendications entamées de façon intensive en 2022 ont été muselées.

Si l’on s’en tient à cette théorie en effet, l’opération « craie morte » des plateformes On a trop supporté (OTS), On a trop attendu (OTA), le Collectif des enseignants vacataires du Cameroun (CEVCAM), le Syndicat des Enseignants du Cameroun pour l’Afrique (SECA) a été bâillonnée alors que les enseignants réclamaient entre autres l’automatisation des actes de carrière, la signature du statut particulier de l’enseignant avec une dette de l’Etat d’un montant de 180 milliards de francs cfa.

A la suite de ces réclamations, des promesses d’épurement de la dette ont été faites par le gouvernement en 2022, mais sur le terrain, les engagements pris n’ont pas été respectés. La dette n’a non seulement pas été soldée, mais des menaces du ministre de l’administration territoriale, l’arrestation des enseignants grévistes a abouti à l’arrêt de la grève avec un relent de colère des seigneurs de la craie. Face à cette situation misérable, des enseignants essayant d’émigrer ont été refoulés dans les aéroports locaux. Une actualité qui nous rappelle le début de la crise anglophone en 2016 à cause d’une fronde entre les enseignants et le gouvernement, action qui avait été suivie par les avocats. Le conflit a pris d’autres proportions avec un contrecoup sur l’éducation. 

Mauvaise réputation des examens …

Au Cameroun, si certains internautes demandent la dissolution de l’office du baccalauréat à cause de ce scandale à ciel ouvert, le Syndicat des enseignants du Cameroun a publié un communiqué le 5 juin 2024 dans lequel il dénonce des fraudes au baccalauréat général pour la deuxième année consécutive. Le communiqué y afférent fait mention de certaines épreuves de cet examen qui « ont fait le tour des réseaux sociaux la veille » et qui se sont «retrouvées en salle de composition le lendemain ». Les matières citées à cet effet sont « épreuve de mathématiques série Cmathématiques série D … Physique série C». Le SECA invite par conséquent « les autorités en charge des examens officiels à rompre leur mutisme et de fixer l’opinion nationale et internationale pour préserver ce qui reste encore de la crédibilité de notre système de certification », indique le communiqué de presse du syndicat.

Silence comme fuite en avant ou aveu d’échec ?

Tandis que les enseignants, parents et autres observateurs dénoncent la fraude qui va grandissante aux examens, la ministre des enseignements secondaires préfère évoquer des rumeurs non fondées. Comment est-ce donc possible alors que tout se passe sous nos yeux ? Certains évoquent un aveu d’échec ou d’impuissance de la tutelle qui semble avoir perdu tout contrôle avec pour conséquences indéniables, la banalisation de la valeur des diplômes et le découragement des élèves honnêtes, car cette inaction fait penser que les efforts et l’excellence ne sont pas récompensés.

La répercussion de cette désinvolture s’évaluera dans les prochaines années sur la dépréciation des différents profils des corps de métiers en activité pour le développement du pays. En effet, l’UNESCO fait savoir que la déscolarisation et l’apprentissage de moindre qualité va coûter 10 000 milliards de dollars par an à l’économie mondiale. Les pays à fort impact de ce chaos éducatif étant l’Afrique subsaharienne avec entre autres le Cameroun qui a besoin de rattraper le gap causé par les différentes crises sécuritaires auxquelles le pays fait face et si l’on s’en tient à cette actualité, désormais la fraude aux examens accentue la crise.

Que faire donc ?

Redonner aux diplômes leur valeur en montrant que les examens sont importants pour les jeunes et leur avenir. On pourrait donc s’inspirer de la Côte d’Ivoire qui a procédé aux arrestations des auteurs de vente d’épreuves sur internet avec une importante communication autour desdites arrestations, ou encore l’Algérie qui a opté pour la suspension d’internet pendant 5 jours afin de garantir l’intégrité des examens. Toujours est-il que le maintien de la rigueur est capital pour favoriser la formation de la jeunesse et des futurs acteurs de développement de notre pays.

Clarence YONGO

 

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