ESQUISSE D’OPPORTUNITES DE CROISSANCE POUR L’AUDIOVISUEL AFRICAIN A L’ERE DU NUMERIQUE

A Douala, la 2e édition du Salon international de l’audiovisuel du Cameroun (Sinac) a déployé les pratiquants africains du domaine, afin de réfléchir sur les moyens pour l’essor de l’audiovisuel sur le continent. 

Des figures de proue des médias, des experts et pratiquants de l’audiovisuel sont venus de part et d’autres d’Afrique pour illuminer la capitale économique du Cameroun par leurs savoirs, leurs expériences, leurs potentiels. Une initiative de Yolande Bodiong, Directrice Générale de l’agence de communication Maraboo, qui s’est tenue du 25 au 31 mai 2024, dans le cadre du deuxième Sinac. Une rencontre riche en astuces pour imposer le secteur audiovisuel africain sur l’échiquier mondial par les contenus numériques.

Le numérique, la révolution de l’audiovisuel et les habitudes

« Audiovisuel en Afrique et contenus numériques : quelles opportunités de croissance ? » est le thème autour duquel ont tourné les activités du Sinac 2024. Cette thématique a d’ailleurs fait l’objet de la première conférence avec pour panelistes, le parrain de l’évènement le Dr Mactar Silla, universitaire sénégalais, fondateur de Label TV et Label radio ; le Dr Emmanuel Mbede, écrivain et enseignant camerounais, expert en communication ; Mireille Dirat, journaliste gabonaise, sous la modération du journaliste Paul Mahel. Le passage, du monde analogique au monde numérique n’a pas laissé le secteur audiovisuel intact. L’arrivée d’internet a en effet bouleversé l’ordre établi et le Dr Emmanuel Mbede illustre ce bouleversement par le changement des habitudes avec notamment le choix des programmes sur le net.

Fini l’époque où la télévision imposait son contenu au téléspectateur, désormais ce dernier a le choix, il est libre d’en picorer plusieurs quand il en a envie. On parle de plus en plus de «l’audiovisuel personnalisé». Ce bouleversement qui a conduit à la réinvention de nombreux médias traditionnels est une aubaine pour les producteurs audiovisuels nonobstant les problèmes qu’il occasionne.

Patrimoine culturel africain et esthétique, atouts pour la croissance de l’industrie audiovisuel numérique

A l’ère d’internet les contenus audiovisuels numériques sont devenus des moyens de puissance pour les nations. Selon le Dr Mactar Silla, nous vivons une époque de domination moderne qui diffère de celle de la colonisation par les armes et les contenus audiovisuels numériques sont un moyen de se libérer et s’imposer.

« La domination d’aujourd’hui est illustrée avec des armes plus délicates que sont les contenus audiovisuels. Il y a toute une politique derrière la production des contenus audiovisuels qu’on voit aujourd’hui. C’est pourquoi en Afrique, nous devons créer des contenus qui parlent de nos cultures »,

explique le parrain du 2e Sinac. Les mariages en Afrique, les costumes, la gastronomie, les cultes, le Songho, les divertissements africains tels la lutte sénégalaise, sont autant d’éléments culturels dont les producteurs africains doivent se servir pour gagner le pari de la compétitivité qui sévit dans le secteur audiovisuel et dans laquelle le Sinac invite l’Afrique francophone à se lancer. Une telle entreprise est par ailleurs riche en revenus pour les producteurs, car Mireille Dirat fait remarquer que le monde est en quête de l’originalité que renferme l’Afrique. « Les gens cherchent l’originalité, la particularité et c’est en Afrique qu’ils vont les chercher». Canal+ qui produit de plus en plus les contenus qui parlent Afrique ne dira pas le contraire. Pour la femme de Media gabonaise, c’est une opportunité pour s’ouvrir au monde et « mieux on s’ouvre, mieux on existe » pour la reprendre. A côté de la promotion de l’identité africaine dans les productions audiovisuelles numériques, les producteurs africains doivent aussi miser gros sur la qualité des productions. La qualité qui spécifiquement peut dépendre de la cible doit néanmoins englober la qualité des images, du son, l’écriture. C’est la combinaison de la qualité et de l’originalité qui permettra au secteur audiovisuel africain de s’imposer dans le monde.

Les réalités des producteurs de contenus audiovisuels n’ont pas été snobées au Sinac. De la piraterie à la difficile monétisation des pages internet en Afrique en passant par l’irrégularité des africains sur le digital. Selon des chiffres communiqués par le producteur ivoirien Cheick Yvane, « sur 100 personnes en Afrique, il y en a deux qui ont un smartphone, et il y en a deux qui ont des datas suffisantes pour voir un programme». Des difficultés qui peuvent être surpassées notamment grâce à la persévérance dans le travail et le soutien des gouvernements pour lesquels l’ascension du numérique est également bénéfique.

Yolande Bodiong pense pour sa part que la collaboration des pratiquants du métier est la plus grande force de la croissance de la production audiovisuelle à l’ère d’internet. «Les acteurs de l’audiovisuel doivent se mettre ensemble pour faire avancer les choses, car c’est nous qui avons le pouvoir», déclare la promotrice du Sinac, qui donne rendez-vous pour la 3e édition en 2025.

Chanelle NDENGBE

 

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