La cour d’appel s’est prononcée ce mercredi 15 octobre 2025 dans l’affaire du féminicide de Diane Yangwo, l’époux de la victime passe de 5 ans de prison avec sursis à 20 ans de prison ferme, un mandat d’arrêt est annoncé contre le prévenu absent à l’audience.
La décision de justice rendue ce mercredi reconnait Eric Bekobe Mvondo coupable de « coups mortels» sur son épouse, la défunte Diane Yangwo, décédée le 18 novembre 2023, et lui inflige 20 ans d’emprisonnement ferme par contumace. Une décision pas totalement satisfaisante pour la famille et son conseil, sans oublier le ministère public qui avait requis la requalification des faits et la peine de mort avec fusillade sur la place publique.
De 5 ans de prison avec sursis à 20 ans d’emprisonnement ferme pour «coups mortels» : pas de requalification des faits
De la lecture du verdict par le président de la cour, Jules Raymond Billong, nous avons retenu que l’accusé Eric Bekobe Mvondo est reconnu coupable des faits de coups mortels sur son épouse Diane Yangwo et écope 20 ans de prison ferme.
« La décision de la Cour d’appel que vous avez suivi avec moi indique qu’elle a annulé la décision qui avait été rendue par le tribunal de grande instance et a statué à nouveau, c’est-à-dire a jugé comme si rien n’avait jamais été fait. Par conséquent, on a déclaré cet époux coupable de coups mortels et on l’a par conséquent condamné à 20 ans d’emprisonnement ferme et on a lancé un mandat d’arrêt. Donc ça veut dire que partout où on le prend, il devra purger 20 ans d’emprisonnement »,
confirme à la presse, Me Charlotte Tchakounte, l’avocate de la famille. Un verdict préférable au précédent, qui donne un brin de soulagement, mais qui n’est pas celui que la famille de la victime et le ministère public avaient souhaité.
Leger soulagement, mais déception …
Pendant ce procès en appel qui a duré près de cinq mois, la requête de l’avocate de la famille Me Charlotte Tchakounte et celle du ministère public était claire. C’était la requalification des faits de « coups mortels » à « assassinat« , car selon Me Tchakounte, les faits montrent que l’accusé a eu l’intention d’ôter la vie à sa conjointe.
« Elle est nettement meilleure que la précédente décision. Sauf qu’à mon avis, la requalification devait être faite, parce que la cour se prononce en maintenant la même infraction c’est-à-dire coups mortels. Or, au regard des faits, c’est un assassinat, ça avait été prémédité. Mais c’est déjà bien…C’est une avancée qu’on ne saurait négliger »,
réagit l’avocate. Pour l’oncle de la victime, la satisfaction n’est pas au rendez-vous, même si elle offre une consolation.
«Ce n’est pas satisfaisant, mais c’est consolable quand même. Il est vrai que le procureur avait demandé la requalification des faits, mais le juge n’a pas requalifié les faits de coups mortels »,
mais comparativement à un autre verdict rendu ce jour à la cour d’appel ce même 15 octobre 2025, cette décision reste intrigante pour l’ayant-droit de la défunte.
«Vous voyez là dans la salle, il y a un monsieur qui a été jugé parce qu’il a enceinté la fille de sa femme. On lui a donné 20 ans, et aujourd’hui on tue quelqu’un on libère au tribunal de grande instance et aujourd’hui on lui donne 20 ans comme quelqu’un qui a enceinté une fille. C’est pourquoi vraiment le tribunal ou la justice camerounaise, elle est là comme si elle n’était pas là »,
déclare-t-il. Dans le meme sens, dame Mireille Nguele qui avait adopté la défunte enseignante comme sa fille, exprime sa déception.
«Un léger soulagement, mais je ne suis pas satisfaite de cette décision, parce que le procureur général avait demandé qu’on requalifie les faits, ce qui n’a pas été fait, ils ont maintenu les coups mortels. Mais après les passages des témoins, nous on s’attendait à ce que l’on condamne à une peine maximale pour un assassinat »,
réagit-elle.
Chronologie des faits
1er avril 2025 : La juge Medou Dany L’or rend son verdict au tribunal de grande instance de Douala. Bekobe Mvondo Eric, l’époux meurtrier s’en sort avec 5 ans de prison avec sursis et une amende de 52 000 Francs CFA à payer. Le verdict jugé scandaleux provoque un tollé, le ministère public relève appel ce même jour.
02 avril 2025 : l’avocate de la famille, Me Tchakounte fait appel.
22 mai 2025 : tenue de la 1ère audience en appel à la cour d’appel du Littoral. L’audience est renvoyée notamment pour la communication de la liste des témoins et l’extraction de l’accusé qui, selon le gardien de prison, n’a pas répondu à l’appel exécuté pour transporter les detenus de la prison centrale de Douala pour le tribunal.
18 juin 2025 : tenue de la 2ème audience en appel : le parquet informe ce jour, de la libération d’Eric Bekobe, le 9 avril 2025. Ce dernier est absent à l’audience qui est renvoyée au 16 juillet 2025. Famille et amis de la défunte présents à l’audience sont davantage choqués.
16 juillet 2025: tenue de la 3e audience en appel. Sans débat, elle est renvoyée au 20 août.
20 août 2025 : tenue de la 4e audience en appel, le conseil juridique se tient aux côtés de la famille et ses amis, mais les débats n’ont pas lieu. L’accusé n’est pas présent, son conseil non plus. Me Tchakounte informe Griote que l’avocat d’Eric Bekobe lui a confié ne pas savoir où il se trouve. L’audience est renvoyée au 17 septembre.
17 septembre 2025 : tenue de la 5e audience, les débats ont enfin lieux avec les passages des témoins. Les plaidoiries se font et le procureur requiert la requalification des faits et la peine de mort avec fusillade sur la place publique, déclarant qu’une vie ne vaut pas plus qu’une autre. L’audience est mise en délibéré pour le 15 octobre.
Mercredi 15 octobre 2025 : La cour d’appel reconnait Bekobe Mvondo Eric coupable de coups mortels sur son épouse. Il est condamné à 20 d’emprisonnement ferme. Absent une fois de plus à son procès, un mandat d’arrêt est annoncé contre lui.
Chanelle NDENGBE
