Pour préserver leur santé mentale au Cameroun, les femmes peuvent aussi compter sur le droit, tel qu’expliqué à la 3e édition des Ateliers de santé mentale de Bibiche Kound.
Le droit n’est certes pas une science humaine comme la psychologie qui étudie le comportement de l’homme, mais il peut se prévaloir la capacité de préserver la santé mentale tout comme les sciences de la médecine et les sciences humaines. Me Clémence Mafetgo, avocate au Barreau du Cameroun et experte en droit civil renseigne sur le caractère protecteur du droit pour la santé mentale des femmes au Cameroun, en ce sens où il résout les infractions qu’elles subissent.

En cas de violence psychologique, la loi protège
Les violences conjugales ne sont pas toujours physiques, elles peuvent aussi être psychologiques. Lorsque les femmes sont violentées psychologiquement, elles stressent au point de perdre de l’énergie. Des faits constatés par Me Mafetgo dans l’exercice de ses fonctions. « Il y a beaucoup de situation qui font en sorte qu’on ne puisse plus tenir débout, qu’on perde ses capacités… Il y a parfois des femmes qui viennent me voir et me disent, je stresse, il me stresse ». Face à cette situation, la femme doit savoir qu’elle peut faire recours à la loi pour se protéger, du moment où il y a une infraction commise par son conjoint et qui est à l’origine de son stress, ce qui peut être déterminé par un expert. Aussi Me Clémence Mafetgo recommande: «Vas voir un psychiatre, il t’établit un certificat médical en disant que ta présence dans ce foyer constitue un préjudice pour ta santé. Avec ce document, tu peux demander la séparation de corps où même le départ du domicile conjugal ». De façon générale, « Lorsque vous subissez des infractions qui n’interviennent que dans des cas de vulnérabilité, vous êtes obligés de vous tourner vers l’avocat pour demander que celui qui est votre bourreau soit condamné parce que vous stressez », renseigne l’avocate. Cette condamnation peut être pénale ou en terme d’amendes, elle a pour but de remettre la plaignante en situation de stabilité.

Femmes en instance de divorce, veuves la loi protège des infractions
Sur le plan civil, de nombreuses femmes stressent en raison des infractions des conjoints ou des membres de la belle-famille. Certaines femmes dépriment pendant la procédure du divorce, en raison des abus de leurs époux.
« En période de divorce, chaque partenaire à ses droits. Et si vous n’êtes pas sage, votre mari, va vous demander de sortir, et vous sortez alors que vous avez droit à la liquidation de la communauté. Et là il n’y a que l’avocat pour vous dire que si vous devez sortir, il faut que votre mari vous donne les frais de première installation pour vous permettre de partir de la maison puisque vous avez investi ensemble.»,
informe la juriste. Les cas d’infraction sur la veuve sont légion au Cameroun. Des veuves sont expulsées de l’héritage de leur mari et même du domicile conjugal et en souffrent énormément. Pourtant, il suffit qu’elles soient informées pour retrouver la paix. « Si vous êtes mariés sous le régime de la communauté des biens, vous avez droit à la moitié des biens de la communauté et vous avez également un droit d’usufruit qui est le ¼ de la part de votre conjoint », renseigne l’avocate. Si une veuve est expulsée du domicile conjugal c’est une infraction, elle doit voir un avocat qui va estimer le problème afin qu’elle puisse être rétablie dans ses droits puisque selon le protocole de Maputo, «lorsque votre mari décède, vous avez le droit de vivre dans le domicile conjugal ».
Le droit au Cameroun se range ainsi dans la liste des instruments de protection de la santé mentale. Me Clémence Mafetgo l’a démontré à la 3e édition des Ateliers de santé mentale de Bibiche Kound (ABK), qui s’est tenue le samedi 30 novembre à Douala.
Cette édition a rassemblé les professionnels du droit, des médias, des sciences humaines et médicales, des artistes autour des questions de santé mentale. « Prendre soin de sa santé est mentale est capitale », c’est l’un des messages qui a marqué dame Christelle Ndjate, participante à l’évènement. C’est une édition 3 réussie pour la promotrice Bibiche Kound. L’écrivaine et conférencière se dit satisfaite de la libération de la parole des uns et des autres, preuve que le processus de guérison des maladies mentales est enclenché.
Chanelle NDENGBE
