C’est à l’occasion d’une date historique que le chercheur fait des recommandations à l’Etat et aux familles, précisant l’importance de la vraie histoire pour la mémoire collective.
Le 28 août 2024 marque les 140 ans du début de la résistance au protectorat dont Lock Priso Bell est le lanceur d’alerte. Cette date historique a été commémorée à Douala par des activités initiées par la fondation Afrik Avenir du Pr Kum’a Ndumbe III, au cours desquelles le promoteur a invité les responsables de l’éducation nationale à la promotion de l’histoire du Cameroun racontée par les Camerounais et les familles de ces acteurs du passé à la collaboration pour la reconstitution complète de notre histoire.
A la fondation AfriAvenir, l’histoire du début de la résistance camerounaise face à la colonisation, marquée par l’opposition officielle du chef de Hickory Town (Bonabéri) au protectorat allemand a été racontée. Sur le lieu de l’échange, de nombreux enfants et adolescents étaient présents, le chercheur émérite a affirmé que cette histoire n’était pas apprise à l’école ou du moins pas principalement. Si les élèves reçoivent des enseignements sur le traité germano-duala du 12 juillet 1884, et sur les résistances à la pénétration allemande, il y a encore beaucoup de choses qu’ils ignorent sur cette période. Peu connaissent Kum’a Mpappe Bell encore appelé Lock Priso Bell, L’ancien Chef de Bonabéri, premier à s’opposer aux Allemands de façon officielle par une correspondance adressée au consul Max Buchner, le 28 août 1884, dans laquelle il exigeait le retrait du drapeau allemand hissé sur son territoire. Aussi la quasi-totalité des jeunes du secondaire ignore que le 28 août est une date historique au Cameroun tout comme le 12 juillet. Ceci est dû au fait que plusieurs Européens qui ont écrit cette histoire n’ont pas mis l’accent sur cette partie qui a donné du fil à retordre aux Allemands. L’histoire plus ou moins complète, notre version de l’histoire étant un facteur de patriotisme et de citoyenneté active avec le courage, l’altruisme, la sagesse et la détermination des résistants, il est urgent que la jeunesse se l’approprie au sein des familles et dans les écoles.
« Ça c’est notre histoire et c’est pourquoi j’interpelle les pouvoirs publics de faire à ce que notre histoire entre dans les écoles, notre version de l’histoire entre dans les écoles et que la version des autres, des Allemands, des Français etc … soit accessoire parce que c’est ce qu’on défend chez eux. Là aussi je lance un appel à la jeunesse pour qu’elle s’intéresse à son histoire»,
exorte l’historien.

90% des œuvres de pouvoir, de culte et d’arts africains se trouvent hors du Continent
C’est la raison principale pour laquelle le Cameroun et l’Afrique sont en perte de repères culturels, civilisationnels et subissent l’imposition des valeurs exogènes. D’où le mepris de l’héritage de nos ancêtres et la valorisation de ce qui vient d’ailleurs. Cette situation a été planifiée par les anciens colons selon le Pr Kum’a Ndumbe et c’est ce qui justifie la dépossession des objets d’art, de culte et de pouvoir camerounais et africains avec pour but d’enfermer les énergies vitales de nos peuples. Ils refusent de les restituer jusqu’à ce jour alors qu’ils les taxaient de fétiches.
« En réalité, il fallait enlever aux africains leurs repères … au niveau du pouvoir … au niveau religieux. Il fallait enlever leurs repères pour enfermer ça là-bas et nous donner d’autres repères dans lesquels nous sommes aujourd’hui. Nous ne sommes pas dans nos repères, nous sommes dans les repères des autres»,
conclut le Professeur au cours d’une exposition relative à l’histoire coloniale à l’occasion du 28 août. D’où l’appel à la réappropriation de nos valeurs ancestrales, l’université entrepreneuriale à haute référence technologique JFN-HUI y est désormais partenaire. Cet institut universitaire vise le développement endogène en s’appuyant sur les savoirs ancestraux et en s’ouvrant aux défis contemporains. Ces defis sont en effet ceux des structures de formation, mais également ceux des familles.
L’édition 2024 de la commémoration de la résistance camerounaise à la colonisation allemande a aussi été l’occasion de dévoiler les noms des résistants du grand nord, méconnus des Camerounais. Des hommes qui sont montés au front contre les Allemands pour défendre leur souveraineté et l’intégrité territoriale. Au mausolée de Lock Priso à Bonabéri et au milieu des rites traditionnels Sawa, une dizaine de représentants du septentrion camerounais ont procédé à la lecture des noms des résistants de cette partie du pays. Le Professeur Kum’a Ndumbe III a invité les familles à aider les chercheurs à compléter l’histoire de ces célèbres inconnus avec leurs images.
La 140e commémoration de la résistance camerounaise à la colonisation était riche en connaissances sur l’histoire du Cameroun, elle a été un moment particulier de l’expression du vivre ensemble où différentes communautés du Cameroun se sont senties concernées par l’histoire avec les noms de leurs ancêtres cités parmi les différents résistants aux Allemands. Car dans toutes les régions du Cameroun, l’installation allemande ne s’est pas faite sans heurt.
Chanelle NDENGBE

