Peu importe leurs qualifications, les femmes doivent montrer à leurs interlocuteurs qu’elles maîtrisent leur sujet, car ces derniers remettent souvent en cause leur légitimité.
C’est ce qui ressort des échanges avec pour thème « l’Entrepreneuriat féminin : potentiel, obstacles et perspectives », débattu lors du troisième forum international sur l’entrepreneuriat à Douala. Il a été relevé que les femmes font face à un constant procès en incompétence, contrairement à leurs collègues de sexe masculin. Une situation à laquelle elles ne s’accoutument pas, lorsqu’elles mesurent l’impact de la gent féminine dans le domaine entrepreneurial. Trois femmes ont partagé leurs expériences.

Le fort potentiel des femmes …
Comme l’a souligné Flaubert Mbiekop le modérateur de ce panel, l’incontournabilité des femmes dans plusieurs domaines de la vie notamment au sein de la cellule familiale donne lieu à « l’importance de comprendre leur situation particulière en tant qu’entrepreneures et s’assurer que les solutions qui sont proposées répondent aux défis». Ces particularités dans plupart des cas motivent leurs aspirations à l’entrepreneuriat même si on retrouve des mobiles communs à ceux des hommes à l’instar du mobile économique. En Afrique centrale et particulièrement au Cameroun, ça reste l’une des principales raisons. Paneliste du plateau, Mireille Fomekong, Directrice Générale de l’agence conseil Ascèse et 2ème Vice présidente du Gicam, Patronat Camerounais l’a signifié. « Nous avons une zone où il y a un taux de chômage important et les femmes parce qu’elles constituent 51% de la population en ce qui concerne le Cameroun sont très touchées … Et parfois l’entrepreneuriat est un grand moyen pour sortir de la pauvreté et du chômage ». C’est une raison qui n’est pas toujours commune à d’autres régions du monde comme au Canada surtout pour ce qui est des femmes aux origines non africaines qui n’ont pas connu la marginalisation liée à la race. Dans ce pays d’Amérique du Nord, les femmes se lanceraient en entreprise beaucoup plus pour des raisons de flexibité dans le travail. C’est d’ailleurs l’une des raisons de la panéliste Elisabeth Ryan, journaliste canadienne de formation et entrepreneure. « A un moment je voulais avoir un enfant et les heures de travail étaient énormes, il fallait accoucher, m’occuper des enfants », apprend-t-elle. Mais en Afrique également, certaines femmes ont ce mobile, et c’est pourquoi c’est une raison spécifique de la femme pour la création des entreprises. L’ambition est une autre raison à laquelle s’associe la volonté de relever un défi ou un autre. Une fois dans ces domaines, les femmes réalisent des choses extraordinaires, leurs activités contribuant au développement de la société. Au Cameroun en particulier, dame Fomekong apprend que les femmes entrepreneures sont à l’origine de l’indépendance alimentaire du pays. « Quand on se vente de l’indépendance alimentaire au Cameroun, il faut savoir que cette autonomie alimentaire nous la devons aux femmes des petites entreprises… », révèle l’entrepreneure camerounaise. La contribution à la réduction du chômage à travers l’employabilité est également à mettre à leur actif de même que le respect des lois et de l’environnement dans leurs activités pour donner lieu à un environnement propice au développement économique et social.

Entraves particulières à surmonter
Au rang des premiers obstacles à l’entrepreneuriat féminin se positionne le manque de confiance des promotrices. Jeanne Lehman, CEO de Black Canada Women in Action (BCW) explique que la plupart des femmes se bloquent le chemin. «Elle se dit souvent mais qu’est-ce que je fais ici ? Est-ce que je suis à ma place ? Est-ce-que je n’occupe pas la place d’autrui ? », apprend-t-elle. Des questions qui résultent d’un manque de confiance, de telle sorte même que lorsqu’elles entreprennent elles ne grimpent pas les échelles alors qu’elles sont compétentes. Par ailleurs à côté de la difficulté d’obtenir des financements, la difficulté d’équilibrer responsabilité familiale et la vie d’entrepreneure, comme l’a évoquée dame Lehman, les femmes entrepreneures sont aussi en quête de légitimité au sein des sociétés dans lesquelles elles évoluent. «Elles sont en quête de légitimité, de respect pour ce qu’elles sont, pour les compétences qui leur sont propres » selon Dame Fomekong. Une autre entrave qui pourrait expliquer le manque de confiance que certaines d’entre elles manifestent. Toutefois, ce sont des obstacles qu’il est possible de surmonter. La confiance en soi et l’organisation sont nécessaires pour briller dans le domaine entrepreneurial selon les panélistes. Les hommes quant à eux ont également leur rôle à jouer en soutenant les femmes, mères de l’humanité dans leurs entreprises.
La 3e édition du Forum international sur l’entrepreneuriat a eu lieu du 1er au 2 novembre dernier à Douala. L’initiative est celle de la Délégation générale du Québec à Dakar (DGQD). Après Dakar en 2021 et Cotonou en 2023, Douala a eu le privilège d’accueillir ce grand évènement du 1er au 2 novembre 2023, dans le cadre des relations entre le Québec et l’Afrique.
Chanelle NDENGBE
