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VIOLENCES FAITES AUX VEUVES AU CAMEROUN : SENSIBILISATION SUR LA PRÉVENTION ET LES VOIES DE RECOURS

Les témoignages des veuves au Cameroun rendent compte de leur vulnérabilité, d’où l’urgence de les protéger. 

C’est à l’occasion de la XVIe journée internationale dédiée à leur cause que les veuves ont été sensibilisées sur leurs droits ce 20 juin 2024. Une initiative tenue à Douala pour remédier aux différentes formes de violences que subissent ces femmes après le décès de leur époux.

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Les veuves et les violences économiques

Si pour plusieurs veuves notamment celles dont les époux étaient de la région de l’Ouest, les rites de veuvage consistaient à des pratiques avilissantes, celles mariées aux hommes de la côte disent avoir été victimes d’abus économiques. Lorsqu’elles ont perdu leur époux, il leur a été exigé d’accomplir un rituel qu’elles trouvaient financièrement hallucinant au regard de leur situation. C’est le cas de dame Ekambi Cécile dont le mari est décédé en 2003.

« Il fallait payer l’école (ndlr : des enfants) et j’ai eu une liste des choses qu’il fallait donner à mes belles-sœurs. C’est le rite de veuvage, on te donne une liste de choses à acheter, et un montant d’argent que tu dois donner. Vraiment ça m’a beaucoup fait mal. Voir comment il fallait que je leur donne l’argent et les enfants qui n’arrivaient pas à fréquenter »,

raconte la veuve. Selon le Professeur anthropologue Jeannette Wogaing, de nombreuses veuves vivent des histoires similaires.

« La situation de la veuve demeure préoccupante dans nos socio-cultures… Plusieurs de ces femmes en état de veuvage sont en souffrance et préfèrent subir en silence par peur de représailles. Quelques-unes d’entre elles sont accusées d’être la cause du décès de l’époux »,

révèle la chercheuse. Celles qui s’aventurent à tenir tête subissent la colère de la belle-famille qui se manifeste notamment par l’expulsion de la veuve du domicile conjugal et/ou l’accaparement des biens qui lui reviennent. Face à ces situations, les veuves au Cameroun peuvent riposter.

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La loi, responsabilité du défunt et autonomie de la femme ; moyens de protection

Le premier moyen pour la veuve de se protéger de ces différentes violences est de s’informer suffisamment sur ses droits. Les avocates au barreau du Cameroun expliquent que la femme dès lors qu’elle est mariée doit savoir quels sont ses droits, ce qui lui revient ou pas si son mari n’est plus. Ce qu’il est légitime qu’elle fasse ou illégitime en matière de veuvage.

« Lorsqu’une femme est mariée et qu’il y a un problème le mari se met en avant, et met son épouse en arrière pour la protéger. Mais dans le cas d’une femme qui perd son mari, il y a des problèmes par rapport à la belle-famille…, la société. Alors que la loi protège suffisamment la veuve. Nous avons le code civil camerounais qui protège la veuve, nous avons le traité de Maputo, nous avons un droit d’application qui s’applique à la veuve après le décès de son mari »,

déclare Me Clémence Mafetgo, avocate au barreau du Cameroun et à la cour pénale internationale. L’avocate informe ainsi qu’une femme a le droit de rester dans le domicile conjugal après le décès de son mari. Aussi, qu’une femme qui a participé à la construction du patrimoine familial a droit à la moitié des biens si l’on est dans un régime monogamique.

«Lorsqu’un couple est marié légitimement et que l’un des partenaires décède, la masse successorale est divisée en deux : une des parties appartient au conjoint survivant et l’autre partie appartient au conjoint décédé et la partie du conjoint décédé revient immédiatement à ses enfants ».

Dans le cas où la femme a trouvé un patrimoine déjà constitué avant son mariage, elle vient en 4e position dans l’ordre successoral.

«Les premiers héritiers sont les enfants, les seconds, les ascendants (parents), les troisièmes les collatéraux et la femme vient en quatrième position »,

révèle Me Mafetgo qui ajoute que cette règlementation rend la situation de la veuve compliquée en matière d’héritage en Afrique, si son mari a acquis les biens avant leur mariage. Car il est difficile que les trois premiers héritiers soient inexistants.

On a ainsi des femmes qui se retrouvent dans une extrême souffrance, à la rue avec des enfants orphelins de père. C’est une situation qui peut être évitée avec des dispositions prises par le défunt de son vivant, comme l’explique Me Charlotte Tchakounte, avocate au barreau du Cameroun et ambassadrice pour la paix.

 «Si un homme veut protéger la femme après sa mort, il peut lui faire une donation. Il va chez le notaire et dans son testament lègue une part ses biens à sa femme pour lui permettre de vivre décemment après son décès et lui éviter des problèmes avec la belle-famille ».

Pour ce qui est des autres moyens de protection, il s’agit effectivement des recours aux organes juridiques compétents. Me Tchakounte explique qu’après la mort de l’époux, face aux problèmes relatifs aux biens notamment le domicile conjugal, elle a le droit de saisir le tribunal coutumier de première instance qui est d’ailleurs moins couteux selon les informations de l’avocate. Toutefois, la famille du défunt est conviée au tribunal pour des questions procédurales et elle a tendance à bouder. C’est à ce moment que la veuve doit se tourner vers le tribunal de première instance.

Pour le Professeur Jeannette Wogaing, la veuve peut aussi se passer de ces violences si elle est autonome. C’est pourquoi il est important pour la femme d’exercer un métier, d’avoir une activité génératrice de revenus afin de réduire sa vulnérabilité et lui permettre de tenir sans époux malgré les soubresauts, surtout si elle a des enfants.

Des organisations non gouvernementales (ONG) répondent également présentes pour accompagner la veuve dans l’exercice de ses droits. C’est ce qui explique pourquoi Servitas Cameroon a organisé cette conférence en vue de la sensibilisation sur le droit des veuves face aux violences et à la stigmatisation dont elles sont victimes. Avec les oratoires des femmes juristes et des femmes de sciences et le grand auditoire constitué de veuves, et d’autres profils d’hommes et femmes, la chargée des programmes d’éducation et de sensibilisation à Servitas Cameroon, dame Angèle Ndoumbe est optimiste pour la prise de conscience collective et l’amélioration du respect des droits des veuves.

Chanelle NDENGBE 

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