Les visages de trois adolescents en tenue de classe ont circulé sur les réseaux sociaux dans des publications selon lesquelles le garçon aurait simultanément mis enceintes deux filles, ce qui n’est autre qu’une Fake news.
Moqueries, injures, paroles grossières et méprisantes sont autant de réactions suscitées par la photo des élèves dans un lycée de Bafoussam dans la région de l’Ouest depuis le mardi 19 mars 2024. La photo diffusée sur internet présente un jeune homme , mis à genoux comme l’auteur des grossesses que porteraient les deux filles à ses extrémités, toutes deux en classe de 5e. Les publications qui accompagnent la photo indiquent que les enfants passent au conseil de discipline en raison de l’affaire de mœurs.
La fausse nouvelle …
Un reportage d’Equinoxe TV dément l’histoire des multiples grossesses attribuées au garçon régulièrement inscrit en classe de 4e au lycée Djunang. Selon l’enquête de la chaîne bleue, l’apprenant a été convoqué pour ses heures d’absence tandis que les filles devaient répondre d’une affaire de fugue précédée d’un vol d’argent. L’histoire est donc une Fake news que le papa du jeune adolescent ne veut pas laisser impuni, il annonce une plainte contre l’établissement scolaire.
Diffusion des visages des élèves en situation de vulnérabilité, un crime selon la loi camerounaise
Le Cameroun a promulgué en 2023 une loi portant protection des mineurs en ligne, dans laquelle est condamnée la diffusion de l’identité des mineurs dans un sujet susceptible leur porter atteinte. La photo des mineurs lycéens est devenue virale sur le Meta parce qu’elle a été partagée de nombreuses fois dans le cadre d’une affaire de mœurs pouvant entrainer leur marginalisation.
« Est puni d’un emprisonnement de (01) mois à (02) ans d’emprisonnement et à une amende de cinq mille (5000) à cinq cent mille (500 000) francs cfa toute personne qui divulgue l’identité de l’enfant en situation de vulnérabilité dans le traitement de sujets susceptibles de lui porter atteinte notamment lorsqu’il existe un risque de stigmatisation après diffusion. »,
indique l’article 35 de la charte camerounaise portant protection des enfants en ligne. Dans le cas d’espèce, la marginalisation est avérée. En effet le papa de l’adolescent dit être moqué dans la rue, tandis qu’une voisine informe la rédaction Griote du traumatisme du garçon et du tort causé à sa famille. « Le garçon là il n’a plus fréquenté depuis ce jour, vraiment le traumatisme. », annonce la voisine, et d’ajouter « Depuis ce jour dans le quartier, cet enfant subit des moqueries de partout, il a toujours clamé son innocence et c’est très difficile pour sa famille en ce moment.».
Clarence Yongo, la journaliste promotrice du Media en ligne Griote est scandalisée par cette situation et dénonce l’irresponsabilité des enseignants, car ayant vu l’image des adolescents pour la première fois dans un groupe d’enseignants et publiée par un enseignant. Pour la femme de média, ces adolescents sont victimes d’une cyberviolence créée et alimentée par ceux qui diffusent l’image, ceux qui la partagent et ceux qui la commentent dans un sens dramatique ou comique. « …Comme nous le savons, les Fakes news et les Hoaxes (canulars) se diffusent rapidement sur le cyberespace. Certains partagent pour séduire, amuser, manipuler. Cette notion de manipulation est en réalité une action violente et contraignante qui prive de liberté les individus qui y sont soumis. C’est de la cyberviolence et la loi le réprime. », déclare-t-elle. La journaliste qui est en guerre contre le phénomène notamment par les sensibilisations des jeunes, les élèves en particulier, rappelle aux enseignants des règles responsables de l’utilisation d’internet. « Dans les écoles, nous sensibilisons les élèves sur l’usage responsable d’internet. Peut-être faudra-t-il réarmer également le corps enseignant sur les bonnes pratiques. Car l’exploitation de l’image requiert le consentement du/de la concerné(e), sachant que la majorité numérique est de 18 ans au Cameroun. », explique la femme de média qui conclue en alertant sur le caractère dangereux des fausses informations. « Les Fakes news et leur surpartage tuent, le cas de Christelle Mirabelle Lingom nous parle. ».
Christelle Mirabelle Lingom avait rendu l’âme le 6 septembre 2021 après avoir fait face aux humiliations, à la marginalisation et aux injures après qu’on l’ait citée dans une sextape avec laquelle elle n’était liée ni de près ni de loin. Il revient aux autorités compétentes en effet, de veiller à ce qu’il n’y ait plus jamais de victime à l’avenir.
Chanelle NDENGBE
