A l’occasion d’une messe en mémoire des victimes de l’effondrement meurtrier du 23 juillet 2023, les rescapés ont témoigné leur misère et l’indifférence des pouvoirs publics.
Il y a un an, l’effondrement d’un immeuble RX4 appelé « Immeuble de la mort » par les riverains, s’était effondré en plein minuit du dimanche 23 juillet 2023 au quartier Mobil Guinness faisant plus de 40 morts dont des enfants et plusieurs dizaines de blessés et de sans-abris. A l’initiative du collectif des jeunes du quartier, une messe en hommage des victimes a été organisée sur le site du sinistre, rassemblant familles des victimes et survivants du drame, qui ont du mal à se reconstruire.
Ce samedi 27 juillet 2024 au quartier Mobil Guinness, 5e arrondissement de Douala, il est 16h30 lorsque l’assistance commence à se recueillir sous les bâches installées sur le site du sinistre à l’occasion de la messe à la mémoire des défunts. Les proches des personnes qui ont péri dans cet effondrement, leurs amis, leurs voisins, les rescapés du sinistre et des personnalités religieuses font partie de ce beau monde. C’est un moment rempli d’émotions qui rappelle le triste souvenir de la disparition tragique de plus de 40 occupants de l’immeuble de la mort « C’est un moment pour dire notre nostalgie, le triste souvenir que nous avons…. C’était des frères et sœurs avec qui nous étions au quotidien, des jeunes pleins de vie. Parce que la plupart était des jeunes avec qui on partageait et on échangeait sur un certain nombre de choses.», déclare sieur Michel Yankam, président du collectif des jeunes du quartier Mobil Guinness.

Richard, le rescapé snobé par les autorités
A cette cérémonie, les larmes n’ont pas manqué de couler, même chez les plus petits. Des enfants pleuraient des figures maternelles et paternelles qu’ils ont perdues dans ce drame, leurs sœurs et frères. Des mamans pleuraient leurs enfants, des hommes leurs compagnes. Richard Neba, rescapé est de ceux-là. Le choc qu’il avait subi suite à la mort de sa fiancée Nadine ne s’est pas dissout. Alors que sa bien-aimée était venue lui rendre visite ce jour-là dans son espace à l’immeuble de la mort, il lui avait fait savoir par téléphone qu’il allait rentrer un peu plus tard. Cette conversation téléphonique était la dernière et il n’a revu que le corps sans vie de Nadine sortir des décombres quelques heures plus tard. Au micro de Griote TV, le rescapé a exprimé sa difficulté à faire son deuil. « C’est difficile, très difficile, mais je fais avec, je sais que la vie continue », affirme-t-il. Par ailleurs, après avoir passé huit ans dans l’immeuble effondré, Richard n’arrive pas à se reconstruire. Les jours après l’effondrement dans lequel il a perdu sa compagne et ses effets, le rescapé endeuillé passait déjà ses nuits dans son taxi. Un an après ce drame qui l’a surpris, il n’arrive toujours pas à dormir paisiblement. Face à cette situation désespérante, il dit avoir traîné derrière les pouvoirs publics afin de solliciter leur assistance, mais sans suite. « On est parti même vers eux, on a fait des papiers, des documents. On est parti partout avec chez le gouverneur, chez le sous-préfet. Partout même à la mairie. Même à Yaoundé, on est parti déposé les documents là-bas partout, mais jusqu’aujourd’hui il n’y a rien », révèle tristement le rescapé.
L’effondrement de l’immeuble Rx4 de Mobil Guinness reste un évènement épouvantable qui continue de traumatiser. Comme Richard, les vies de plusieurs rescapés ont basculé du jour au lendemain et ils n’arrivent pas à se refaire, car leurs moyens financiers ne sont pas à la hauteur de cette reconstruction. Dame Gladys Tidjong est également une des rescapées dans cette situation. Le cri de détresse qu’ils lancent vise à toucher la responsabilité des autorités, témoins de la tragédie dont ils ont été victimes il y a un an.
Chanelle NDENGBE
